Notre histoire

Depuis 2017, la Métropole de Lyon et la Préfecture du Rhône (1,3 million d’habitants) sont incapables de remplir leur devoir d’accueil et de protection pour quelques centaines de jeunes isolés étrangers.

Mai – Juin 2018 : La Cabane et Les Petites Sœurs, deux squats ayant pour but d’héberger des Mineurs Non Accompagnés (MNA) à la rue, sont successivement expulsés. Le foyer de la Sarra est évacué à la fin du mois de juin. 

Été 2018 : Une trentaine de Mineurs Non Accompagnés dorment dehors sur les pentes de la Croix-Rousse à proximité de Forum Réfugiés (chargé de leur accueil au nom de la Métropole). Un « lieu de répit », La Marmite, est mis provisoirement à disposition de la Coordination Urgence Migrants (CUM) par la Mairie du 1er pour pallier la carence de Forum Réfugiés. Plusieurs collectifs, associations, soutiens individuels y organisent un accueil de jour et la mise à l’abri de 15 jeunes chaque nuit. 

31 août 2018 : Fermeture de la Marmite.
Une trentaine de jeunes, la plupart mineurs, campent dans les jardins de la Grande-Côte. 

Fin septembre 2018 : Dans le but de fournir un abri à ces jeunes vulnérables, l’intersquat, la CUM et le collectif formé autour de la Marmite ouvrent le collège Maurice Scève, désaffecté depuis 5 ans.

16 octobre 2018 : La requête en expulsion déposée par la Métropole est rejetée par le tribunal administratif. Les habitants du collège gagnent une bataille et un peu de répit. Ils s’organisent en autogestion avec l’aide du collectif de soutien et du voisinage. 

Hiver 2018 : À sa fermeture, le collège avait été « déviabilisé » (rendu inutilisable) par les services techniques de la Métropole. Après les travaux du collectif, les conditions restent rudes pour tout l’hiver 2018 – 2019 : un point d’eau froide dehors, électricité défaillante, chauffage très partiel. 

Depuis décembre 2018 : L’ALPIL (Action pour l’insertion par le logement) et le Foyer Notre-Dame des Sans Abris sont mandatés par la Métropole pour intervenir au collège : appui logistique pour l’approvisionnement alimentaire, accompagnement minimal des habitants, financement de petits travaux, installation de « blocs sanitaires » (9 w.c., 9 douches à l’eau froide). Un travail nécessaire, mais qui manque de moyens.   

16 avril 2019 : Après de nombreuses demandes, le collectif est enfin reçu en Préfecture et peut exposer la situation au collège et formuler ses demandes : ouverture d’un lieu, en concertation, pour désengorger le collège, normalisation des « dublinés ». Aucune réponse de la Préfecture ne suivra. 

Juin 2019 : La Métropole a signé une promesse de vente du terrain à Vinci, les huissiers viennent constater l’occupation. C’est le Tribunal de Grande Instance (et plus le Tribunal Administratif) qui va maintenant statuer sur l’expulsion. 

10 juillet 2019 : Une délégation du collectif est reçue par M. Kimelfeld (Maire du 4ème arrondissement et président de la Métropole) dont les avocats avaient demandé au tribunal, le 28 juin, l’expulsion immédiate des habitants du collège.« Il n’y aura pas d’expulsion sans relogement… sauf pour les expulsables. », nous a-t-on dit. Les « expulsables » ? Demandeurs d’asile dublinés, mineurs non reconnus en recours, c’est à peu près 200 personnes vulnérables (dont beaucoup devront être légalement prises en charge dans quelques mois) dont on envisage la mise à la rue. 

24 juillet 2019 : Audience au Tribunal de Grande Instance.
Les avocats de la Métropole demandent l’« expulsion immédiate et sans délai » de tous les habitants du lieu. Compte tenu de la situation, nos avocates demandent 18 mois de délai.

4 septembre 2019 : De jeunes migrants de l’amphi Z (squat de Villeurbanne, 150 habitants) et du Collège sans frontières Maurice Scève tentent avec des soutiens d’ouvrir un nouveau lieu à la clinique de l’Union à Vaulx-en-Velin. Expulsion violente par la Préfecture.

11 septembre 2019 : Expulsion de l’Amphi Z sans solution de relogement pour la grande majorité de ses occupants.
Errant de refuge précaire en refuge précaire, certains pendant des semaines, les habitants petit à petit parviennent à s’abriter pour l’hiver dans de nouveaux squats avec l’aide d’ouvreurs et ouvreuses : Lafayette, DurACuire, Feyzin, etc. 

24 septembre 2019 : Décision du juge à propos de l’expulsion du Collège.
Citation : « Il doit en l’espèce être constaté que les occupants sont tous de jeunes migrants de pays africains, demandeurs d’asile avec instruction de leur dossier en cours : qu’ils ont su créer avec le voisinage du collège des liens solidaires étroits et ont pu […] aménager cet espace inoccupé en lieu de vie sécurisant après les multiples épreuves migratoires au risque létal qu’ils ont rencontrées ; que leur relogement ne peut avoir lieu dans des conditions normales puisque leurs demandes d’asile sont en cours de traitement et que le nombre d’hébergements en structure officielle est notoirement insuffisant. » « Il leur sera en conséquence alloué un délai expirant à la date anniversaire de la présente décision, en l’absence totale de prévisibilité d’un délai plus raisonnable de relogement leur permettant individuellement de se reconstruire, de voir leurs demandes d’asile traitées et de continuer à participer de manière active à la vie de la cité.»
Le collège n’est pas expulsable avant le 24 septembre 2020. Au-delà du soulagement de voir s’éloigner la menace de se retrouver à la rue, c’est la reconnaissance de la légitimité de l’occupation qu’ont obtenue les habitants du Collège et leurs soutiens. L’occupation est illégale, mais légitime.

Octobre 2019 : La Métropole conteste le délai accordé et fait appel de la décision rendue le 24 septembre. Elle annonce que le mandat des associations est prolongé jusqu’au 15 novembre seulement. L’audience d’appel est prévue au 17 mars 2020. Une cinquantaine d’exilés sont installés dans le « préau », ouvert à tout vent. Le froid commence à pincer.

15 novembre 2019 : Fin du mandat des associations.
Il va falloir passer l’hiver sans assistance de la Métropole. Ce jour là s’amorcent aussi des discussions entre le collectif habitants/soutiens, la Préfecture et la Métropole, par l’intermédiaire de quatre médiateurs. La Préfecture daigne enfin considérer le collectif comme un interlocuteur. Dans les semaines qui suivent, le collectif parvient à reloger les exilés du préau dans des dortoirs aménagés dans les bâtiments mieux isolés du collège et crée une nouvelle salle de réunions, de rencontres et de fêtes dans le préau. 

23 décembre 2019 : Un accord portant sur plusieurs points concernant l’ex-collège est acté. La Métropole annonce reprendre son soutien « humanitaire ». La Préfecture annonce qu’elle va proposer aux habitants du lieu un « diagnostic social » (analyse des des situations individuelles, propositions d’orientations éventuelles dans le dispositif d’hébergement, étude des demandes individuelles de dérogations émanant des occupants pour pouvoir travailler). Le collectif prend acte de ces avancées minimales et espère le retour rapide des associations dont la présence sur le site a prouvé son utilité pour les jeunes vulnérables qui y habitent.
Finalement, en mars 2020, si des interventions matérielles ont été réalisées par la Métropole, les associations ne sont toujours pas revenues dans leurs missions d’accompagnement. Le diagnostic social a débuté le 5 mars.

17 mars 2020 : Audience d’appel de la décision du Tribunal de Grande Instance.
La Métropole demande à nouveau l’expulsion immédiate sans délai. Il n’y a pourtant toujours aucune proposition d’hébergement ailleurs.    

Collectif du Collège sans frontières Maurice Scève